Par Marc Arthur Drouillard
Coordonnateur Général du Mouvement Réveil Dessalinien (MORED)
Introduction
Plus de vingt ans après le départ du président Aristide en février 2004, des auditions du Sénat américain, des documents officiels et des enquêtes journalistiques éclairent le rôle joué par l’USAID, l’International Republican Institute (IRI) et Stanley Lucas dans la crise haïtienne, ainsi que dans la formation du Groupe des 184, dirigé publiquement par André Apaid Jr.
Financement de l’IRI
L’IRI, organisation américaine vouée à la promotion de la démocratie, recevait des fonds de l’USAID pour ses programmes en Haïti. Une subvention d’environ 1,2 million de dollars a financé le programme Haïti de l’IRI pour 2003-2004.
Stanley Lucas au cœur du programme
Lucas dirigeait ce programme. Lors de l’audition « A Fresh Start for Haiti? », le sénateur Christopher Dodd a demandé si Lucas en faisait toujours partie ; le secrétaire d’État adjoint Roger Noriega a répondu par l’affirmative. L’ambassadeur Brian Dean Curran avait exprimé des réserves sur son maintien, et un accord censé limiter son rôle n’aurait pas été respecté — ce qui a poussé Dodd à réclamer une enquête de l’Inspecteur général de l’USAID.
Formations en République dominicaine
Financées par l’USAID, plus de 600 membres de l’opposition haïtienne ont participé à des formations organisées par l’IRI en République dominicaine entre 2002 et 2004, officiellement pour renforcer les partis politiques et la société civile.
Naissance du Groupe des 184
L’IRI a reconnu, via son directeur de la communication (propos rapportés par Salon), avoir joué un « rôle consultatif » dans la formation du Groupe des 184, coalition patronale et civile opposée à Aristide, dont Apaid Jr. était le porte-parole.
Liens avec Guy Philippe : une question non tranchée
Dodd a demandé si Lucas avait des liens avec Guy Philippe ; Noriega a dit n’en avoir aucune connaissance, et l’IRI a nié tout contact avec les groupes armés. Salon a toutefois rapporté que Philippe affirmait connaître Lucas depuis plusieurs années, sans rencontres à caractère politique selon lui. Aucune décision judiciaire n’a établi de responsabilité.
Départ d’Aristide et conséquences
Fin février 2004, la progression des groupes armés, l’échec des négociations et la pression internationale ont conduit au départ d’Aristide, dans des circonstances toujours débattues. Ont suivi pillages, insécurité, violations des droits humains, et un gouvernement Latortue peinant à s’imposer ; la CARICOM a d’abord refusé de reconnaître le nouveau pouvoir, et l’OEA a enquêté.
Démantèlement de l’USAID (2025)
Sous l’administration Trump, avec Elon Musk (DOGE), l’USAID a été largement restructurée : fermeture de programmes, coupes budgétaires, transfert de fonctions au Département d’État. Le débat sur le rôle historique de l’agence en Haïti a été relancé.
Conclusion
Les archives publiques confirment : l’USAID finançait le programme Haïti de l’IRI ; Stanley Lucas y occupait un rôle central ; l’IRI a reconnu un rôle consultatif dans la formation du Groupe des 184 ; et des responsables américains eux-mêmes s’étaient inquiétés de certains aspects de ces activités.
Pour ceux qui ignoraient l’origine de ces partis politiques qui pullulent dans le pays jusqu’aux 320 partis inscrits aux élections de Fils Aimé, tourner vos regards sur Stanley Lucas, ce « chimère de Washington », selon une formule attribuée à l’ambassadeur Curran.
Sources:
https://www.govinfo.gov/content/pkg/CHRG-108shrg94920/pdf/CHRG-108shrg94920.pdf
https://www.salon.com/2004/07/17/haiti_coup/
https://www.iri.org/news/new-york-times-article-attacks-iris-work-in-haiti/